Norouz, littéralement « nouveau jour », est la fête du Nouvel An iranien, célébrée depuis plus de trois millénaires. Inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, cette fête incarne l’arrivée du printemps, le renouveau de la nature et l’espoir d’un cycle nouveau. Elle ne constitue pas seulement une célébration en Iran, mais également dans de nombreux pays d’Asie centrale, du Caucase, d’Asie occidentale et même au-delà. Norouz est une fête à la fois familiale, spirituelle et culturelle, qui continue de rassembler des millions de personnes chaque année.
Des poètes et des écrivains tels que Ferdowsi, Aboureihan Bourouni, Tabari et d’autres considèrent le mythique roi Jamshid comme le principal fondateur de Norouz.
Le roi iranien Jamshid est une figure mythologique persane très célèbre, mentionnée dans de nombreux textes littéraires iraniens comme un souverain qui aurait révélé à son peuple les sciences, la médecine, les arts et l’artisanat. Son nom apparaît également dans les textes de l’Avesta et du Pahlavi, ainsi que dans certaines sources islamiques.
Selon la mythologie iranienne, notamment dans le Shahnameh, Jamshid accomplit de grandes réalisations, mais finit par perdre son Farreh Izadi (un don divin symbolisant la dignité et la légitimité royale). En raison de sa vanité grandissante, il est finalement tué par le roi Zahhak.
La légende raconte que, lorsqu’il eut acquis des pouvoirs proches de ceux de Dieu, Jamshid se considéra comme unique au monde. Il ordonna alors de construire un trône somptueux, orné de pierres précieuses, et demanda aux démons, ses serviteurs, de l’élever dans le ciel. Assis sur son trône volant, baigné par la lumière du soleil, il rayonnait d’une gloire éclatante aux yeux de son peuple émerveillé.
Jamshid proclama alors ce jour comme étant Nowruz, « le nouveau jour », marquant le premier jour du printemps et le début d’un cycle nouveau.
Origines historiques de Norouz
Les racines de Norouz remontent à l’époque de l’Empire perse achéménide (550–330 av. J.-C.), bien que certains chercheurs estiment que la fête est encore plus ancienne, liée aux cultes zoroastriens. Le zoroastrisme, religion de l’Iran préislamique fondée par Zoroastre (ou Zarathoustra), accorde une place centrale aux cycles de la nature et aux forces opposées du bien et du mal.
Norouz marquait ainsi le triomphe de la lumière sur l’obscurité, de la vie sur la mort, symbolisé par l’arrivée du printemps. Cette fête s’accompagnait déjà de rituels de purification, de rassemblements familiaux et d’offrandes aux divinités. Les rois achéménides, dont Cyrus le Grand et Darius Ier, organisaient de grandes cérémonies au palais de Persépolis pour accueillir les ambassadeurs venus de tout l’empire, qui apportaient des présents en l’honneur de Norouz.
La dimension astronomique et symbolique
Norouz correspond à l’équinoxe de printemps, autour du 20 ou 21 mars. À ce moment précis, le jour et la nuit sont de durée égale, marquant un équilibre cosmique. L’équinoxe symbolise l’harmonie et le renouveau universel, thèmes centraux de la fête.
Le mot « Norouz » reflète lui-même cette symbolique : « No » signifie « nouveau » et « Rouz » signifie « jour ». Il ne s’agit pas seulement d’un changement de date, mais bien d’un passage vers une vie renouvelée, où chacun est invité à purifier son cœur, à se réconcilier et à semer l’espoir.
Les préparatifs de Norouz
Les semaines précédant Norouz sont marquées par une effervescence particulière. Les familles iraniennes se livrent au Khaneh Tekani, littéralement « secouer la maison ». Il s’agit d’un grand nettoyage de printemps visant à purifier l’espace domestique et à accueillir la nouvelle année dans un cadre frais et ordonné.
Les marchés se remplissent de fleurs (notamment les jacinthes et les tulipes), de fruits secs, de vêtements neufs et des éléments indispensables au rituel du Haft-Sîn. Les enfants attendent avec impatience les festivités, tandis que les rues et les maisons s’illuminent d’une atmosphère joyeuse et printanière.
Une grande partie des traditions de fête de Norouz ont des itinéraires dans le zoroastrisme (une ancienne religion monothéiste avec des adeptes en Iran et en Inde).
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Le nettoyage de printemps
À l’approche de la fête de Norouz, une tradition essentielle appelée Khaneh Tekani (littéralement « secouer la maison ») est pratiquée dans tous les foyers iraniens. Les familles entreprennent un grand nettoyage : les tapis sont battus, les vitres lavées, les meubles dépoussiérés et chaque recoin de la maison est purifié.
Au-delà d’une simple tâche domestique, ce rituel possède une forte portée symbolique. Il représente la purification de l’espace de vie mais aussi celle du cœur et de l’esprit, comme pour effacer les rancunes et les tristesses de l’année écoulée. La propreté ainsi retrouvée est perçue comme le reflet d’un cœur immaculé, prêt à accueillir le renouveau du printemps et les relations sincères avec ses proches.
Le Khaneh Tekani est donc bien plus qu’un ménage de printemps : c’est un acte collectif et spirituel qui prépare la maison et l’âme à recevoir la nouvelle année dans un climat de fraîcheur, de clarté et de proximité humaine.
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Le rituel du Haft-Sîn
Parmi les traditions les plus emblématiques de Norouz, la table du Haft-Sîn (« les sept S ») occupe une place centrale. Chaque famille dresse une table recouverte d’une nappe colorée et ornée de sept éléments dont le nom commence par la lettre « س » (Sîn), équivalente au « S » en persan. Ces objets, choisis avec soin, portent chacun une signification symbolique liée à la vie, à la nature et aux valeurs spirituelles :
- Sabzeh (pousses de blé, d’orge ou de lentilles) : symbole de renouveau et de vitalité.
- Samanu (pudding sucré à base de blé germé) : prospérité et fertilité.
- Seer (ail) : santé et protection contre le mal.
- Seeb (pomme) : beauté et vitalité.
- Somâq (sumac, épice rouge) : couleur de l’aube et victoire du bien sur le mal.
- Serkeh (vinaigre) : patience, sagesse et maturité.
- Senjed (fruit du jujubier) : amour et affection.
À côté de ces sept éléments principaux, la table du Haft-Sîn est souvent enrichie d’objets complémentaires : un miroir représentant la vérité et la réflexion, des pièces de monnaie pour la prospérité, des bougies symbolisant la lumière, un livre sacré (le Coran) ou un recueil de poèmes de Hafez, des œufs colorés en signe de fécondité, des fleurs (souvent des jacinthes) annonçant le printemps, et parfois un bol contenant des poissons rouges, symbole de la vie et du mouvement. Ce dernier élément, bien que très répandu, suscite encore des débats : il n’appartenait pas à la tradition iranienne ancienne et aurait été emprunté à d’autres cultures asiatiques.
Le Haft-Sîn n’est pas seulement une table décorative : il constitue un véritable lieu de rassemblement. À l’instant précis où l’équinoxe de printemps marque le passage à la nouvelle année, les familles s’assoient autour de cette table pour accueillir le « nouveau jour » dans un climat de sérénité et d’espérance.

Dans la tradition mythologique, chaque objet du Haft-Sîn est associé à des forces spirituelles anciennes, reflétant l’union entre l’homme, la nature et le divin. Cette table reste aujourd’hui le symbole d’un héritage millénaire qui relie les Iraniens à leurs racines tout en donnant à Norouz une dimension universelle de renouveau et d’harmonie.
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Chaharshanbeh Souri et les traditions de Norouz
La fête de Norouz s’accompagne de nombreuses coutumes populaires qui varient selon les régions, mais qui partagent toutes un fond commun : le renouveau, la purification et la convivialité. Parmi elles, trois traditions principales rythment cette période festive : Chaharshanbeh Souri, les visites familiales, et le Sizdah Bedar.
Le dernier mardi soir de l’année, les Iraniens célèbrent Chaharshanbeh Souri, littéralement « le mercredi rouge » ou « le mercredi de la célébration ». Cette fête remonte à des temps très anciens et est considérée comme une ouverture symbolique aux festivités du Nouvel An.
Dans les rues, les parcs et les quartiers, des feux de joie sont allumés, et chacun saute par-dessus les flammes en répétant une formule traditionnelle :
« Donne-moi ta rougeur, reprends ma pâleur ».
La couleur jaune symbolise la maladie, la faiblesse et la pauvreté, tandis que le rouge évoque la santé, la prospérité et l’énergie vitale. Ainsi, en sautant par-dessus le feu, les participants transfèrent leurs malheurs à la flamme et s’approprient sa force et sa lumière.

Les feux restent allumés jusqu’à l’aube, marquant la combustion symbolique des maux de l’année écoulée et l’espérance d’une nouvelle année plus lumineuse. Par son ambiance festive et ses traditions variées, certains comparent cette fête à Halloween dans la culture occidentale, bien qu’elle possède une portée plus spirituelle et purificatrice.
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Les visites familiales et l’Eydi
Durant les treize premiers jours de Norouz, il est de tradition que les familles et les proches se rendent mutuellement visite dans une atmosphère chaleureuse et conviviale. Ces rencontres, profondément ancrées dans les coutumes iraniennes, permettent de renouveler les liens sociaux et familiaux à l’occasion de la nouvelle année.
Les plus jeunes se rendent chez leurs aînés pour leur témoigner respect et affection. En retour, ils reçoivent souvent de l’argent ou de petits cadeaux appelés Eydi, symboles de bénédiction et de prospérité. De leur côté, les aînés accueillent les visiteurs avec bienveillance et générosité, offrant hospitalité, douceurs et vœux de bonheur.
Ces échanges renforcent la solidarité entre les générations et incarnent l’esprit de partage, de respect et d’harmonie qui caractérise Norouz.
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Amu Norouz et Haji Firuz
En Iran, deux personnages emblématiques annoncent l’arrivée de Norouz, le Nouvel An persan : Amu Norouz et Haji Firuz. Ils apparaissent dans les rues quelques jours avant le début des festivités pour répandre la joie et l’esprit du renouveau.
Amu Norouz, dont le nom signifie « Oncle Norouz », est un vieil homme sage, à la longue barbe blanche, souvent comparé au Père Noël occidental. Il est vêtu d’un manteau traditionnel, porte un chapeau ancien et s’appuie sur un bâton de marche. Symbole de bienveillance et de sagesse, il est censé apporter des cadeaux aux enfants et annoncer le retour du printemps.

Haji Firuz, son acolyte joyeux, est un personnage au visage et aux mains noircis de suie, vêtu de rouge vif, souvent orné de grelots et coiffé d’un chapeau pointu. Il danse, chante et joue du tambourin (appelé daf) dans les rues, attirant l’attention avec ses mélodies rythmées. Dans les chansons traditionnelles, il adopte un ton servile, s’adressant au public comme à ses « maîtres », et cherche à faire rire, chanter et célébrer ceux qu’il croise. Ce comportement renforce son rôle de messager de la fête et de l’allégresse.
Bien que son apparence et son ton caricatural aient suscité des débats contemporains sur leurs origines et représentations, Haji Firuz reste un personnage incontournable du folklore de Norouz, associé à l’humour, à la musique et à la célébration de la vie.
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Sizdah-Bedar : La fête de la nature en Iran
Chaque année, le treizième jour du mois de Farvardin (premier mois du calendrier persan), les Iraniens célèbrent Sizdah-Bedar, une tradition marquant la fin des festivités de Norouz, le Nouvel An persan. Ce jour, considéré comme « malchanceux » en raison du chiffre treize, est vécu comme une occasion de se purifier et d’éloigner symboliquement le malheur.
Origines et signification
Le terme Sizdah-Bedar signifie littéralement « se débarrasser du treize ». Dans l’ancienne culture iranienne, le nombre treize n’était pas perçu comme néfaste. Ce sont les influences grecques, vers le Ier siècle après J.-C., qui ont introduit l’idée du « 13 malchanceux » en Iran. Pour conjurer cette croyance, les Iraniens ont institué une coutume collective : quitter la maison et passer la journée dans la nature.
Autrefois, dans les villes entourées de remparts, les habitants sortaient par une porte et rentraient par une autre, laissant symboliquement derrière eux les esprits malveillants. Aujourd’hui encore, l’esprit de cette coutume se perpétue à travers des rassemblements festifs en plein air.
Une journée en harmonie avec la nature
Le 13 Farvardin est aussi appelé « Journée nationale de la nature ». Les familles et les amis se réunissent dans les parcs, les plaines et les campagnes pour pique-niquer, chanter, danser, jouer et profiter de l’air printanier. Cette journée est perçue comme un moyen d’assurer bonheur et prospérité pour l’année à venir.
Les repas préparés spécialement pour l’occasion, les rires et les plaisanteries participent à éloigner la malchance et à renforcer les liens sociaux. On dit que rester enfermé chez soi ce jour-là attire le malheur : chacun doit sortir, ne serait-ce que pour quelques instants, afin de respecter la tradition.
Les rituels de Sizdah-Bedar
Plusieurs coutumes spécifiques marquent cette journée :
- Jeter le Sabzeh dans l’eau :
Le Sabzeh (pousses de blé, d’orge ou de lentilles cultivées pour le Haft-Sîn) est un élément central des célébrations de Norouz. À la fin de Sizdah-Bedar, il est jeté dans les rivières ou les ruisseaux. Ce geste symbolise l’évacuation des malheurs et des énergies négatives accumulées l’année précédente, tout en transmettant vitalité et fertilité à la nature.
- Nouer le Sabzeh pour les vœux :
Avant de jeter le Sabzeh, certains, surtout les jeunes célibataires, nouent ses brins en formulant un souhait, souvent lié au mariage ou à la prospérité. Ce geste exprime l’espoir que le vœu se réalise au cours de la nouvelle année.
Sizdah-Bedar : clôture des festivités
Sizdah-Bedar marque la fin officielle des treize jours de célébrations de Norouz. Cette journée festive, tournée vers la convivialité et la nature, illustre l’importance des valeurs de partage, de joie et d’harmonie dans la culture iranienne.
En renouant avec les traditions anciennes, les Iraniens clôturent ainsi le cycle du Nouvel An en conjurant la malchance et en ouvrant la voie à une année placée sous le signe de la prospérité et de la vitalité.
Norouz au-delà de l’Iran
Si Norouz est profondément enraciné dans la culture iranienne, il dépasse largement les frontières du pays. Il est célébré en Afghanistan, au Kurdistan, en Azerbaïdjan, en Ouzbékistan, au Tadjikistan, au Pakistan, en Turquie, en Inde et même jusqu’en Albanie et au Kazakhstan.
Chaque pays a adapté la fête à ses propres traditions, mais l’esprit reste le même : marquer le renouveau, l’harmonie avec la nature et le lien social. En 2010, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 21 mars comme Journée internationale de Norouz, soulignant son rôle dans le dialogue interculturel et la paix.
Norouz dans le monde contemporain
Aujourd’hui, malgré les mutations sociales et politiques, Norouz conserve sa vitalité. En Iran, les vacances de Norouz sont parmi les plus attendues de l’année, et elles offrent l’occasion à des millions de personnes de voyager, de se retrouver en famille et de renouer avec leurs racines culturelles.
Dans la diaspora iranienne, notamment en Europe et en Amérique du Nord, Norouz est également célébré. Les communautés dressent le Haft-Sîn dans les foyers, organisent des concerts, des spectacles de danse et des expositions, maintenant ainsi le lien avec leur identité culturelle et partageant cette fête millénaire avec le monde entier.

Absolument Manifique explication pour nouvelle année Persan
J ai diffusé pour des amies